TABLE OUVERTE SUR 
MOYEN-ÂGE... BELLE ÉPOQUE ?

Table n° 24
Thème lancé par Christophe Noulin
"zippo potamme"

INTRO
Le moyen-âge était-il une "belle" ou une "sombre" époque ?

Bonjour,

Le moyen age fût-il cette période d'obscurantisme que les livres "officiels" d'histoire nous décrivent ou au contraire faut-il faire comme Fulcanelli et lire les nombreux ouvrages monumentaux que sont par exemple les cathédrales et qui semblent nous dire tout le contraire de nos cours d'histoire ?

En effet si l'on regarde attentivement l'expression des statuaires, dont les sujets n'étaient autres que le peuple qui s'agitait autour des tailleurs de pierres, on se rend compte que celles ci sont joviales et que les personnages ont un embonpoint qui laisse entendre que la bonne chaire était de rigueur.
De plus, comment ces chefs-d'oeuvres architecturaux de la période gothique auraient-ils pu être édifiés si les guerres, les famines et les épidémies avaient ravagées l'Europe ?
Comme le dit si bien Fulcanelli : "Si le peuple eût souffert, si les masses eussent gémi dans l'infortune, les monuments nous en auraient gardé le souvenir. Or nous savons que l'Art, cette expression supérieure de l'humanité civilisée, ne peut se développer librement qu'a la faveur d'une paix stable et sûre. De même que la science, l'art ne saurait exercer son génie dans l'ambiance de société troublées."

Le moyen âge ne fût il pas au contraire la période ou l'europe dût assimiler les legs de l'antiquité tout en recevant par le biais des arabes de nouveaux savoirs ?

Christophe Noulin


Réponse de Jacky Minier le 06/06/99 23:48

Bonjour Zippo-Christophe,

Bien sûr, je ne puis être que de cet avis. Qui qu'ait pu être ce Fulcanelli, il était incontestablement un homme supérieurement intelligent (Flammarion sans doute ?) et son initiation de Philosophe de la "Science Hermétique" lui permettait de faire la différence entre les réalités et les "fâbles" officielles.

Il a de tous temps été de l'intérêt des pouvoirs en places, quels qu'ils soient, fussent, ou aient été, de "noircir le tableau" de leur héritage. C'est une pratique qui a encore cours de nos jours à chaque passage de témoin entre nos gouvernants. Bon ! C'est un jeu stérile et nous n'y prétons plus attention... Aujourd'hui, on peut faire la différence nous-même entre ce qui est justifié et ce qui est la part d'intox nécessaire à gagner quelques voix dans notre bienheureuse démago-crassie...
Autrefois, il en allait différemment. "L'Histoire est écrite par les vainqueurs !" a résumé Napoléon. Mais ce principe s'est pratiqué bien avant lui. Ce qui sous-entend que chaque nouvel accédant au trône l'a faite "arranger" à son avantage, ceci depuis notre bon vieux Charlemagne, dont on nous dit qu'il inventa quoi ?... L'école !... Gagné !... C'est le meilleur moyen de rester dans l'Histoire que de la faire écrire et d'en organiser soi-même la promotion !...
Ils utilisaient (ça se pratique encore je crois ;-) des "plumes à leur main" (ou plutôt à leur botte ! ;-) qu'on appelle des "chroniqueurs officiels" -- des présentateurs de télé en quelque sorte ;-).. pour ma part, je les nomme les Saint-Simon de basse-cour --.

Ces gens, attachés à la personne du monarque ou du seigneur qui les faisait vivre, devaient écrire l'histoire au jour le jour pendant le temps de leur maître. Ils en profitaient pour refaire un peu la façade de l'histoire dont ils héritaient, gommant ici, estompant là, ou retouchant un parchemin pour y insérer un ajout à l'avantage de leur protecteur... On ne peut donc pas, ou peu et avec beaucoup de discernement, se fier aux écrits de ces "nègres-biographes". Et vive la liberté de la presse !

Ce fut longtemps ce genre d'histoire qu'enseignèrent les "maîtres à penser" des écoles religieuses, chacun triturant la présentation de cette histoire à sa guise au fil des siècles et du jeu des pouvoirs en place, puisque les principaux responsables du royaume étaient aussi "abbés" laïques des nombreuses abbayes où se trouvaient les écoles. Un évêque pouvait être ministre, un duc pouvait être abbé... Etc.. et "lycée de Versailles" comme disait Bérurier. Les autres ne savaient pas lire.. Pour apprendre à lire, il fallait aller dans ces écoles abbatiales et devenir clerc. D'une certaine manière, entrer dans le schéma social qui perpétuait le mythe désiré. En fait, il aurait fallu être grand clerc ou même clerc-voyant, pour oser écrire des choses comme celles qu'écrivit Rabelais bien plus tard...

Puis la Révolution est arrivée ( je raccourçis) et après quelques rebondissements impérialistes, puis communards, puis encore révolutionnaires, une autre manière de voir est apparue...
La "Lutte des Classes" a fait son entrée !... A tous les sens du terme ! :-))

Des "maîtres d'écoles" socialistes et anticléricaux ont pris la place des "maîtres à penser" antérieurs, et l'Histoire a du se retourner dans sa tombe en même temps qu'on la retournait en tous sens pour justifier les énormités des "dérapages" révolutionnaires. De grands écrivains comme Michelet sont venus à son secours, mais s'ils étaient grands écrivains, ils étaient aussi et surtout partiaux, tout autant que leurs prédecesseurs. L'Eglise de Rome s'en mêla et canonisa notre héroine nationale :
En 1920 (cinq siècles après les faits) Jeanne-la-pucelle devint Sainte-Jeanne d'Arc !
L'histoire ne s'en est pas remise... Que voulez-vous.. à force d'être violée, ça vous marque !... On finit par vous prendre pour une P....

Si elle n'était plus "crédible", il fallait que l'Histoire soit belle, patriotique, emphasée, lyrique, vibrante !... Malraux fut sans doute l'un des derniers dynosaures représentant de cette Histoire.

Si on ne sait plus qui croire de tous ces authentiques "enlumineurs", que reste-t-il alors comme documents vrais pour comprendre la vie réelle de cette époque réputée obscure ? Fulcanelli a raison : Les motifs inscrits dans la pierre. Du moins, ceux qui n'ont pas été démolis à la pioche ou au burin comme beaucoup de témoins gènants sur nos façades de pierres. Et là, surprise, on risque de se faire une idée radicalement opposée à celle que nous ont inculquée nos vieux "maîtres des colles" !
En effet, rares sont les scènes de souffrance ou de malheur. La plupart des témoignages laissés nos ancêtres de ces époques reculées sont des scènes de la vie courante, plutôt tranquilles, des images qui pourraient servir de modèles.

Que laissera donc en comparaison notre XXe siècle finissant aux exégètes du futur ? Malheureusement, un nombre incommensurable de monuments aux morts, à ceux de Verdun, de Stalingrad, de Dachau , d'Iroshima et Nagasaki, du Viet-Nam ou d'Afghanistan, de Tchetchenie, d'Irak ou Zaïre, sans parler des massacres ethniques en Afrique. Des centaines de millions de morts qui ne demandaient qu'à vivre...
C'est vrai que la civilisation a du bon !... La guerre est devenue plus "propre" paraît-il ?... Plus chirurgicale ?... Oui, c'est vrai, on ne voit plus les morts par centaines ou par milliers pourrir sur les champs de batailles avec une flèche dans la cuirasse ou une lance dans la poitrine... où alors, si on les voit c'est de loin, à la télé sur CNN ! C'est plus pareil ! C'est comme au cinéma... Ca doit leur faire beaucoup moins mal ! ;-))

Tout ça pour dire que les terribles réalités du moyen-âge qu'on nous a décrites à profusion devaient sans doute être très relatives... que quelque méchant "seigneur" (saigneur ?) saccageat les moissons de temps à autre en passant à travers champs avec sa horde de soudards me paraît relever de l'anecdote illustrative... que les durées des guerres portant à frémir me font moi, au XXe siècle, presque sourire. La guerre "de cent ans", qui a marqué notre histoire en même temps que la fin de cette époque, a peut-être duré cent ans mais pas sans temps d'arrêts. Les trèves en ces temps-là duraient des mois, voire des années avant qu'un brûlot mal torché vienne remettre le feu aux poudres qui commençaient à peine d'arriver dans les bombardes.
Ah ! L'heureux temps où les tomahawks n'étaient encore que des haches indiennes inconnues... L'heureux temps où le SIDA était insoupçonnable chez les pucelles... L'heureux temps où l'on pouvait, entre deux campagnes cultiver la sienne, et construire sans crainte des bombardements une cathédrale pour le futur !... Oui, décidement, le Moyen-âge était certainement bien plus calme que notre "Civilisation avancée" !

Enfin, last but not least : Il faut d'ailleurs savoir de quoi on parle quand on dit : "Moyen-âge". Cette période devrait être déroulée sur cinq à six siècles au moins, et s'il y eut durant ce temps des époques troublées, des frimats et des famines, ce qui est incontestable notamment avant les croisades, il faut tout de même signaler que pendant les deux siècles précedant la guerre de cent ans, aucune famine ne fut signalée, et qu'il n'y avait jamais eu dans l'histoire une évolution démographique aussi grande, une expansion économique aussi faste, aussi rapide ni aussi dynamique ! ...
Il est vrai que ces deux siècles étaient comme par hasard le temps des templiers... Hum... Chut ! N'en parlons pas .. Des historiens "officiels" nous écoutent peut-être... S'ils apprenaient enfin leur existence, ils se rendraient compte qu'ils n'avaient pas lus les bons livres !...

Jacky Minier


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