TABLE OUVERTE SUR

JEHANNE D'ARC

Tablée n° 15
Thème lancé par Jacky Minier

INTRO

Ainsi, Jehanne aurait été une bergère inspirée ?... Une jeune lorraine anonyme qui, par des voix mystérieuses, va chevaucher vers la gloire et vers la mort pour DELIVRER ORLEANS ?...
Hmmm !... Oui, peut-être... Ou peut-être pas !...

Comme chantait Georges Brassens :

"Son jupon de laine était tout mité,
"Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine,
"Moi j'ai pris la peine de le retrousser :
"Sous son jupon, son jupon de laine, sous son jupon frippé
"Et j'ai trouvé le corps d'une reine... et moi je l'ai gardé ! "
.

Chanson aux étranges résonnances, surtout quand on étudie aussi un peu les capitaines...

Jehanne "la bergère", arrivant à Chinon, donne aussitôt au dauphin Charles un "signe" suffisamment "révélateur" pour qu'il réunisse aussitôt auprès d'elle les meilleurs capitaines.

On sait que Jehanne envoya chercher spécialement à Sainte-Catherine de Fierbois (en Touraine) une épée gravée de cinq croix qu'on dit avoir été celle du Connétable Du Guesclin, et se fit faire par un artisan de Tours une bannière sur mesure à propos de laquelle l'évêque de reims se fera un peu violer par notre pucelle pour laisser l'emblême entrer au sacre de Charles...

Or, voyons un peu qui sont les capitaines ... Parmi les principaux, on trouve :

Gilles de Rays : Arrière petit-neveu de Bertrand Du Guesclin - Connétable de France et Grand-maître du Temple subsistant au XIVe siècle d'après Bernard Fabré-Palaprat ("Manuel des chevaliers de l'Ordre du Temple") et donc probablement aussi au XVe siècle sous des aspects plus laïcs -.
Par sa mère, il descend directement de Robert de Craon, second Grand-Maître du Temple après Hugues De Payns...
Gilles de Rays sera nommé à son tour Connétable de France, comme son grand-oncle Du Guesclin, et sera le seul qui aura le privilège royal de partager avec Jehanne un "semis de fleurs de lis" sur ses armoiries...

C'est ce même Gilles de Rays (ou de Retz) dont un procès ecclésiastique (bien étrange lui aussi, mené à la diligence de l'évêque de Nantes), fera de lui vingt ans plus tard le personnage détestable qui inspirera Charles Perraut pour son conte "Barbe-Bleue"...

Dunois : Bâtard de Louis d'Orléans ( Louis d'Orléans, frère du roi, amant de sa belle-soeur la reine Isabeau, et PERE du Dauphin, le futur CharlesVII !...). Dunois est donc le demi-frère du dauphin... Il est Dunois, mais c'est un d'Orléans.

La Fayette (Gilbert Motier de) : Maréchal de France et ancêtre de l'autre.
Qui était ce La Fayette-ci ? Il existe peu de renseignements sur lui. Mais il en existe beaucoup sur son descendant : le marquis de La Fayette, illustre pour son rôle aux Amériques et pendant la Révolution, se prénommait : Marie-Joseph, Paul, Roch, Yves, Gilbert, Motier !... Ces deux derniers prénoms sont à l'évidence en hommage à son ancêtre le capitaine de Jehanne, mais les autres non plus n'ont certainement pas étés choisis au hasard...

Que ceux qui ont de l'eau à apporter à ce moulin ne se gênent pas pour le faire, et que ceux qui veulent me démontrer le contraire n'hésitent pas davantage... Cette page est pour eux

Ho ho ! Un petit marrant nous écrit :
Reçu le 9 déc 1998 de ploc@bigfoot.com

Jehanne d'Arc : 'Vous ne m'avez pas crue, et bien vous m'aurez cuite !'
et... ( alors qu'elle était sur le bûcher) : 'Je veux des-cendre'

(MDW : Bravo Ploc ! Tu as du bûcher longtemps pour nous sortir ces deux-là de derrière les fagots ! Attention à ce que tu fumes, il faut consummer avec modération ! ;-)


Reçu le Sun, 20 Dec 1998 14:06 de Jean Luc Lebouc info@produits-podd.com

Objet : Epée de Ste Catherine de Fierbois (37)(près de Chinon)

Bonjour,

Il est une légende qui dit que l'épée prise à Ste-Catherine par Jehanne d'Arc était celle de Charles Martel, vainqueur des arabes a Poitiers (je dirais plutôt aux alentours de Tours).
Celle ci était marquée de cinq croix, déposée là en 732, trouvée par Jehanne en 1429 soit 700 ans plus tard, il m'est difficile de croire que le métal constituant cette arme n'avait pas subi l'outrage des temps.

Il serait plus sage de penser à celle de Du Guesclin.
merci

j-l l


Echanges de courriers entre Jean Luc Lebouc info@produits-podd.com
et Jacky Minier (webmestre, rv@royalement-votre.com )

Jean Luc Lebouc a écrit:

Bonjour,
Habitant à coté de Ste-Catherine de fierbois je vous enverrai prochainement l'histoire de l'église de cette commune, par la méme occasion Chinon ne se trouvant qu'à quelques kilométres je connais parfaitement ce château. La tour du Coudray où furent enfermés les templiers abrita Jehanne lors de son séjour auprés de charles VII.

JM : Que voilà un rapprochement intéressant !

JLL : Il ne faut pas oublier non plus que son armure a été fabriquée à Tours rue Colbert. Or, qui dit armure, ne penserait-il pas à armes avec raison ? Je suis le seul à ma connaissance à avancer cette thèse ! Elle n'engage que moi.

JM : Il est bien connu qu'elle fit fabriquer son armure à Tours (ainsi que sa bannière). J'ignorais personnellement que ce fut rue Colbert, mais là n'est sans doute pas l'essentiel car la rue n'a pris ce nom que bien après. Il serait intéressant de savoir comment se nommait cette rue A l'EPOQUE.
Sauriez-vous dire également où se trouvait la commanderie templière de Tours, un ou deux siècles avant Jehanne d'Arc ?

Armures-armes... évidemment, ça va ensemble puisque c'étaient les mêmes maîtres-forgerons qui fabriquaient ces équipements, mais qu'entendez-vous par-là ? Précisez un peu en quoi consiste votre thèse...

JLL : Si je trouve d'autres renseignements je les ferait parvenir avec plaisir. La touraine est une terre riche en Histoire Francaise trés riche dirais-je.
Amitiés.
Jean Luc

JM : Toute la France est très riche en histoire, mais il est vrai que la Touraine est particulèrement bien lotie ! J'en sais quelque chose, étant d'Orléans. L'Orléanais et la Touraine ont toujours été des provinces rivales, même encore aujourd'hui (avec le TGV par exemple, qui passe à Tours mais pas à Orléans, alors que la préfecture régionale est elle à Orléans !...). Ça a toujours été comme ça, depuis les gaulois, nous habitons une région bi-polaire !
Merci d'avance pour tout ce que vous pourrez grapiller comme renseignements inédits tant à Chinon qu'à Ste-Catherine. Auriez-vous la possibilité de faire des photos de l'église Ste Catherine ? Extérieur et intérieur (l'épée aurait été sous ou derrière le maître-autel). J'aimerais vérifier s'il ne se trouve pas sur cette église quelque "marque de fabrique" templière...
De la doc en rapport avec le passage de Du Guesclin serait également la bienvenue (un lien supplémentaire ;-)...
Cordialement,
Jacky Minier


Reçu le 24 Dec 1998 17:39 de Jean Luc Lebouc info@produits-podd.com

Objet : Epée de Ste Catherine de Fierbois (37) (près de Chinon)

Bonjour !

Comme promis quelques informations sur l'épée de Jehanne d'Arc : 732 Charles Martel vainqueur de Abd-Al-Rahman gouverneur d'Andalousie commandant les arabes à Poitiers, fit élever une chapelle en l'honneur de Sainte-Catherine d'Alexandrie, martyre vers 307 à un endroit appelé "locus de fero bosco".

Dans cette chapelle un aveugle nommé Jehan Godefroy venant prier ayant recouvré la vue, ce lieu devint un pélerinage, des soldats parmi les pélerins deposérent leurs épées en guise d'ex-voto (peut-être est-ce une épée comme celle-ci qui fut prise par Jehanne) aprés l'entrevue au chateau de Chinon avec Charles VII, Jehanne demanda à ce que l'on aille chercher une épée sans fourreau enterrée derrière l'autel et ayant appartenu à un vaillant chevalier, ce qui ne désignait pas Charles Martel comme le voudrait la légende.

L'église actuelle fut commencée en 1379 et finie sous Charles VIII ou Louis XII.
Il n'y a naturellement pas de marques d'époque templiére.

Son armure fut fabriquée à Tours "Grande Rue" ancienne voie romaine (maintenant rue Colbert) dans une maison du premier quart du XVéme par l'armurier COLAS DE MONTBAZON, un descendant de celui-ci pris comme enseigne "a la pucelle armée".

Son Oriflamme fut peint par Hans Poulvoir. Si d'autres renseignements me parviennent je ne manquerai pas de les transmettre sur cette table.

Amitiés.

Jean Luc


Reçu le 06 Jul 99 à 22:00 de :  jerotito@aol.com

L'assertion selon laquelle le futur Charles VII est issu des amours adultérines du duc d'Orléans (père du Bâtard d'Orléans, Jehan comte de Dunois) et de la reine Isabeau ne repose sur aucun fondement qui puisse faire office de preuve tangible.

Elle est de la même eau que celle qui faisait aussi de Jehanne la Pucelle une autre fille adultérine du couple cité plus haut, la faisant naître en 1407 un mois avant la mort de son prétendu père.
Pourquoi vouloir à tout prix démolir les belles pages de l'histoire ?
Le comportement futur de Gilles de Rais n'a pas lieu de ternir l'épopée de Jehanne.

Je m'étonne même que vous n'ayez pas évoqué dans votre introduction Poton de Xaintrailles et sa présence postérieure dans les bandes d'Ecorcheurs, histoire de masquer sa participation à la bataille de Patay et la capture de Talbot.

Cordialement.

Un dévot de Jehanne. jerotito@aol.com


Réponse de Beauparlant : Cher "Dévot de Jehanne" ,

Votre indignation devant la manière dont je traite la "statue du Commandeur" m'est très sympathique, et en tant qu'Orléanais je partagerais volontiers votre dévotion à notre jeune Pucelle. Cependant, toute "dévotion" est caractéristique d'une croyance, c'est-à-dire de l'adoption d'une légende pour fondement d'une foi. Libre à vous de penser que le Vatican ait pu trouver judicieux de béatifier notre Jehanne juste au moment où la France avait besoin d'une bonne dose "d'héroïne" pour calmer les douleurs de la Grande Guerre. Pour ma part, je trouve cette "pillule" assez dure à avaler... Les médications comportent une date de péremption et là, cinq siècles après les faits, la date était vraiment très avancée au point de sentir assez fort non une odeur de sainteté, mais plutôt un relent de manipulation !
Ce qui amène à s'interroger sur les motivations réelles des autorités spirituelles à décréter un dogme là où il n'y avait encore que légende populaire, déjà elle-même sujette à caution...

Voici les références d'un ouvrage qui apporte une explication logique et plausible, et qui me sont communiquées par un ami webmestre que le sujet intrigue fortement (voir : histoire et ésotérisme et son forum consacré à Jehanne) :
"Les Missions secrètes de Jehanne la Pucelle" (Pierre de Sermoise : Paris, Robert Laffont, [sd]. Pas de date d'edition).

Dans ce livre, l'auteur indique que Jehanne d'Arc était la demi-soeur de Charles VII, née en même temps qu'un frère jumeau mort-né. Elle a été "mise à l'abri" dans une famille liée à l'Ordre des Franciscains, les d'Arc. Ceux-ci ont donc bien existé, ils sont les parents adoptifs de Jehanne mais celle-ci ne prend pas leur nom.
On ne la trouve sous ce nom qu'à partir de 1455 sous la plume ce Calixte V qui accepte l'ouverture de son procès en réhabilitation.
Cet artifice permit à la famille d'Arc de déposer en tant que requérante et non comme témoin, donc sans avoir à prêter serment !... Du coup Charles VII n'apparaît pas comme partie du procès, ce qui aurait été le cas si on avait su que Jehanne était d'ascendance royale.

Inutile de dire qu'il n'y a pas que ce seul auteur à émettre des doutes sur l'authenticité du nom de Jehanne, qui, anoblie officiellement sous le nom de "du Lys" ainsi que ses frères (?), ne fut appelée "d'Arc" que des années après les faits. Jusque là elle fut tout bonnement appelée " La Pucelle d'Orléans"...
Pourquoi "d'Orléans" ? Parce qu'elle avait délivré cette ville ?
Elle aurait tout autant pu être surnommée la pucelle de France, ou de n'importe quelle autre bourgade délivrée par ses armées, ou beaucoup plus logiquement encore "de Domrémy".
La raison la plus vraisemblable à ce sobriquet est à comprendre au sens le plus populaire du terme : "la pucelle d'Orléans" signifiait tout simplement dans le langage ordinaire des gens de l'époque "la fille du duc d'Orléans", au même titre qu'on nommait Jean de Dunois (son autre demi-frère) "le Bâtard d'Orléans", c'est-à-dire le fils adultérin de la famille d'Orléans.
Le choix même de "du Lys" pour l'anoblissement officiel de Jehanne est lui aussi étrange !
Depuis le XVe siècle la devise d'Orléans est "hoc vernant lilia corde" soit en français "ce coeur fait fleurir les lys".
Chacun sait que le lys est le privilège des rois, et ce semis de fleurs de lys accordé à Jehanne m'apparaît symboliquement assez parlant... Ne pas s'en rendre compte relève de la cécité volontaire et pour moi, "ma religion" est faite sur ce sujet !

La démarche entreprise ici n'est donc pas, absolument pas, de "démolir de belles pages d'Histoire", mais bien plutôt les pages de "belles histoires" (à dormir debout), et de reconstituer la vraie comme un puzzle dont on aurait perdu des pièces !...
L'Histoire est une suite de FAITS. Personne ici ne renie les faits, mais ils doivent toujours présenter une cohérence entre eux pour que leur suite logique soit admissible. Avec notre hypothèse l'Histoire reste bien la même, cependant, l'explication qui en ressort est fort différente selon qu'on regarde cette "Histoire" au travers du filtre colorant d'un cathéchisme douteux, ou selon les aspects beaucoup plus terre-à-terre et triviaux (et malheureusement beaucoup plus plausibles) des intérêts en jeu à l'époque et des faits avérés qui peuvent l'expliquer autrement si on les intègre dans le contexte.
Désolé si vous trouvez l'histoire moins belle ! Moi je la trouve ainsi plus "authentique". Question de goût ! Je préfère les pucelles sans maquillage, les vérités nues si j'ose dire !... ;o)) Elles sont beaucoup plus révélatrices et ne cachent rien de leurs défauts ni de leur qualités VRAIES.

Concernant la recherche en paternité du dauphin Charles, inutile de refaire le coup de Montand, vous pouvez être assuré qu'elle est fondée (voir notes) puisque c'est la reine Isabeau elle-même qui en fit état. Concernant Jehanne, c'est moins évident je vous le concède, car il n'existe pas de pièce le démontrant. (S'il y en eut jamais, elles auraient bien évidemment été détruites par les auteurs de la belle légende dorée). Cependant, tout se tient si on accepte cette idée, alors qu'on doit avoir recours aux interventions "miraculeuses" si on l'écarte. Comme nous parlons ici de politique et d'intérêts familiaux bien compris, je penche donc pour la première solution, par pur rationalisme. Mais vous pouvez toujours croire à ce que vous voulez... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n'est-ce pas ? ;o))

Le fait de citer Gilles de Rais comme le principal compagnon de Jehanne n'induit en rien une dépréciation de cette épopée. Il s'est même passablement ruiné pour honorer la mémoire de Jehanne en faisant jouer un drame de 30 000 vers avec une énorme machinerie à Orléans pendant une assez longue période. Gilles ne devint le monstre que l'on décrit que bien plus tard, alors que Sa Jehanne avait été trahie par tous.
Et on peut alors se poser la question : serait-il devenu l'un des pires criminels si cette trahison n'avait pas justement été le fait de l'Eglise ?... Cette même Eglise qui renia et maquilla ses propres responsabilités en réhabilitant Jehanne onze ans après le premier procès qu'elle avait elle-même conduit par Cauchon interposé, et qui utilisera encore à son profit l'image populaire de notre héroïne en la consacrant Sainte-Jeanne d'Arc, cinq siècles plus tard...
Gilles était profondément croyant, à sa manière. En Dieu, et surtout pas en l'Eglise ! C'est bien là toute la différence. Cette dernière ne lui pardonna jamais cette indépendance d'esprit et c'est encore elle qui fera son procès, utilisant pour cela toutes les erreurs du sire de Rais (il faut admettre qu'il lui facilitait la tâche !) et tous les arguments possibles... Mon propos n'est pas de l'innocenter des crimes odieux qu'il a très certainement commis même si le nombre en a été exagéré, mais de m'interroger sur les possibles causes de la dérive morale qui l'a amené à commettre ces excès, et qui ont finalement abattu ce Connétable de France portant, par dérogation spéciale de Charles VII, un "semis de fleurs de lys" à son blason.

À propos de Xaintrailles - (qui portait lui aussi la croix templière à son blason) il fut tout de même Maréchal de France de 1454 à 1461 avant d'être effectivement destitué par Louis XI - la seule confirmation à l'allusion que vous faites d'une quelconque appartenance aux "escorcheurs" s'explique très facilement : les messins (alors en territoire bourguignon) appelaient ainsi les soldats français commandés par Xaintrailles, non à cause de quelque coûtume barbare mais parce qu'ils renvoyaient leurs ennemis "entièrement nus et un bâton à la main" ! (pratique insultante pour eux, bien qu'elle leur laissa la vie sauve). Il ne faudrait pas confondre avec les "écorcheurs de Beauce" qui n'étaient que de vulgaires bandits.
Quand à la raison de cette déchéance, n'était-ce pas plutôt la suite de quelque rebellion ? Vous avez néanmoins parfaitement raison de soulever la question car elle m'amène à en poser une autre...
Les pires péchés sont-ils concevables ou explicables psychologiquement comme l'expression d'une révolte ?
Si mon hypothèse est juste, comment aurions-nous réagi à leur place, à cette époque en laquelle l'Eglise était toute puissante ?

Beauparlant (J.M.)


Voilà un bon moment que ce site était en sommeil. Le revoili le revoilou en ligne ! Est-ce que les années comptent ? Bah ! l'histoire a tout son temps n'est-ce pas ? N'hésitez pas à relancer la discussion.


Reçu le 27 Mars 2006 à 12:30 de : kateflorin@yahoo.fr

Bonjour,

L'aveu de la reine Isabeau me semble un témoignage bien peu fiable, étant donné qu'elle était :
- très mauvaise politique, et donc se laissait facilement emporter par les coteries des différents partis ;
- était fortement attachée au parti bourguignon, en raison de ses bons rapports avec le duc en question, qui d'ailleurs, lui avait permis un mariage prestigieux. Devenir reine de France, épouser un roi pas encore trop mal (selon les canons de l'époque) étaient plutôt gratifiants ;
- restait plus autrichienne que française.
Et ne pouvant instamment pas adhérer au parti armagnac : en raison de la défiance du peuple envers le duc d'Orléans (alors que le ci-devant peuple trouvait très populaire le duc de bourgogne qui avait réduit un peu ses impôts) et par jalousie (on sait qu'elle nourrissait des sentiments plus que fraternels envers le duc d'Orléans, qui la "consolait" parfois de ses déboires conjugaux.)
Remarquez dans le même temps, Charles VI la trompait avec...La femme de son frère, le ci devant duc d'Orléans.
- elle détestait son fils Charles, car il l'avait non seulement fait enfermer pendant quelques temps, mais en plus était selon elle responsable de l'assassinat du si "beau" et "galant" duc de Bourgogne qui lui martelait nuit et jour (c'était aussi son amant) combien elle était belle (elle était très narcissique), qu'il lui ferait une régence en or du royaume... Régence impossible à la mort de Charles VI (qui dépérissait à vue d'oeil) puisque Charles était déjà majeur, alors que l'enfant Henri VI (l'anglais) ne présenterait aucunement de problème de ce coté là. (Isabeau voulait en effet garder l'apparat du pouvoir, tout en laissant les affaires du royaume au si prévenant duc de bourgogne... Son fils Philippe (sous l'influence heureuse de sa femme, et soeur de Charles VII) refusera  de prendre la "sucession" de son père, pour la régence... Ce qui obligera le duc de Bedford à imposer le pouvoir anglais en France... Tout en laissant à l'incapable duc de Gloucester les affaires du royaume anglais (pour le plus grand soulagement de la France).

Cet "aveu" est de plus très sujet à caution pour plusieurs raisons :
- Charles VI avait eu le coup de foudre pour Isabeau et dans une certaine mesure elle aussi. De nombreux témoignages concordent pour dire que la reine entrainait le roi derrière des teintures, ou qu'ils finissaient rapidement de manger pour "partager le bonheur que Dieu dans sa grande miséricorde à donné aux hommes pour oublier leurs grands soucis"
- Et de même, que la cohabitation des deux époux ne prit fin que longtemps après le commencement de la "démence" de Charles VI : en témoigne les nombreux enfants nées après les fameuses journées d'emportement du roi. Il est donc tout à fait admissible que la reine soit tombé enceinte de son époux.
- Les reines de France, à l'époque était constamment entourées, si ce n'est surveillées, par la Cour. Qu'il ait fallu le témoignage d'Isabeau pour lancer les attaques contre Charles montre le peu d'empressement des nobles à reconnaitre que la légitimité de Charles pouvait être contestable
- Le peuple de Paris, qui est pourtant à l'époque l'un des peuples les plus cancanant et les plus ironiques envers les souverains (on se souvient des petits poèmes douteux parlant de la fameuse Tour de Nesles), n'a jamais douté de la légitimité de Charles, comprenant avec un bon sens remarquable (et qu'on retrouve à toutes les époques) que cette "illégitimité" était une excellente pêche pour affirmer les pouvoirs "légitimes" du roi d'Angleterre. Et si l'Université s'est empressée de ratifier le "traité de Troyes" et de proclamer Henri VI roi de France, c'est sans aucun doute plus pour mettre en place un système plus "constitutionnel" sur le modèle de l'Angleterre que pour marquer sa croyance en "l'aveu" de la reine. Soit dit en passant, les nobles de 1789, qui "soutenaient" la Révolution (c'est à dire au départ les Etats Géneraux, puis l'Assemblée) n'avaient pas d'autres idées que celle-ci.

La théorie sur les enfants adultérins est donc plausible, mais tout autant que celle par exemple mettant en cause une certaine Yolande d'Aragon, mettant en place une "légende" pour le peuple français, et cherchant une jeune vierge un peu naive, qu'on embrigaderait par un tour de passe passe, pour qu'elle file tout droit chez un certain Baudricourt... Cousin de la famille de Yolande ! Coincidence ?

Pour autant, il demeure des "faits" inexplicables :
- si on met en cause le principe selon lequel tout ceci ne serait qu'une machination du pouvoir, pourquoi aucun soutien à Jeanne lors du siège de Paris ?... Si on excepte évidemment le role pernicieux (mais contestable) de La Tremoile
- si le destin de la France a été tenu par les hommes, pourquoi certaines "prédictions" de Jeanne se sont elles réalisés :
*le siège d'Orléans : à Azincourt l'enthousiasme populaire y était. Orléans aurait pu être une défaite... Sans un petit coup de pouce au divin ? Il est en effet impossible sinon qu'elle ait pu surmonter un siège difficile, d'autant plus que des renforts venus d'Angleterre pouvaient arriver à tout heure, alors que la France affichait là sa dernière véritable armée. Bien sûr les espions ont joué dans la Guerre de Cent Ans un rôle non négligeable, mais personne n'était capable de dire si la bataille serait gagnée ou non. Mais Jeanne, dans les écrits qui nous sont parvenus par le biais de ses contemporains, sait déterminer à peu de chose près : où il faut se battre, quand, et quelle sera l'issue de la bataille ! Même sans être porté par le divin en toute chose, il est fort utile de se demander si seul le hasard peut expliquer les victoires retentissantes de Jeanne.
*A Chinon, Charles dit que Jeanne lui a montré "un signe". On a beau dire sur la naiveté de Charles, ayant eu comme precepteur une Yolande d'Aragon, et une jeunesse plus qu'agitée, il ne peut pas être aussi crédule qu'on veut bien nous le faire croire. Il a donc fallu que Jeanne lui montre ou dise quelque chose de "miraculeux" pour le transformer aussitôt. 
*Jeanne d'Arc dit à Talbot qu'il va bientot perdre la vie, suite à une remarque de l'anglais. Or, celui-ci se noye.
- Pourquoi attendre sept ans (depuis le traite de Troyes) pour faire surgir une héroine? Et surtout, pourquoi une femme... Alors qu'en France on est tellement friand (à l'époque) des épopées des chevaliers. Charles V a inscrit dans les lois du royaume le principe de la succession par les mâles. Charles VII irait-il contre ce principe ? Pourquoi ne pas utiliser Dunois, sur qui rejaillit la gloire du duc d'Orléans ? (Mieux aimé après son assassinat par les sbires du duc de Bourgogne, même si les Anglais tiennent Paris et les villes du Nord)

Réponse de Beauparlant :
Chère kate, merci de votre longue intervention qui éclaire notre enquête de quelques remarques pertinentes.
Je ne suis pas pour autant davantage convaincu que Jeanne soit -ou ne soit pas- princesse authentique. Ca reste une hypothèse parmi d'autres, très plausible mais toujours incertaine.
Par contre, votre référence à un Baudricourt "cousin de Yolande d'Aragon" me parait un détail extrêmement intéressant qui vient conforter mon hypothèse d'une "Jeanne templière"...


Reçu le 18 Juin 2006 de Hélène C. (adresse confidentielle)


Je suis très heureuse d'avoir découvert quelques gens qui partagent ma toute nouvelle passion pour Jehanne. En effet, je suis moi aussi Orléanaise et je viens de réaliser mon ignorance sur cette vie si riche de dire et de contre-dire.

Neammoins, j'ai pu lire récemment qu'effectivement Jehanne aurait été Grand Maitre Templier (Jehanne d'Arc G.M.Templier par Anneke Veelen et Johan de Wal), ouvrage où il est également fait référence d'une relation privilégiée entre la pucelle et le duc d'Anjou avec qui elle aurait eu un enfant...
Quand à l'origine de la provenance exacte de Jehanne, il tout de même curieux de pouvoir nier son appartenance à la lignée royale, car tout montre qu'elle est bien enfant adultérine d'Isabeau et du Duc d'Orléans (et qu'elle eut effectivement un frêre jumeau prénommé Philippe). Ce qui expliquerait peut-être sa facilité d'entrée et de reconnaissance à Orléans.

Je débute dans mes recherches, mais quasiment tout ce que j'ai pu lire jusque là, montre que la plupart des recherches non dictées par l'église se tiennent toutes à peu près sur la même ligne.
Jehanne serait de sang royal, ce qui lui aurait ouvert certaine porte d'accès et ces "voix" seraient celle de l'Ordre des Templiers qui, à cette époque comptait comme membre le roi René d'Anjou et que les membres de l'ordre appelaient "le Michel", nom emprunté lors de son procès, certainement pour protéger ce Duc ainsi que l'ordre.

Hormis ce type de recherche je trouve tout a fait déshonorant qu'un certain parti politique se soit attribué ce personnage comme symbole, qui a mon avis va ne faire que la salir.
C'était juste une petite remarque !...
En toute nouvelle passionnée, je souhaiterais que vous me communiquiez quelques références bibliographiques afin d'agrandir mes recherches sans trop me dissiper vers n'importe quoi !...

Réponse de Beauparlant :
Chère Helène, merci de votre intervention.
Je n'ai pas lu l'ouvrage que vous citez (de Anneke Veelen et Johan de Wal), cependant, je ne suis pas du tout certain qu'il faille prendre cette hypothèse pour argent comptant. Découvrir un frère jumeau à Jeanne d'Arc relève de la même utopie qu'en découvrir un au Christ. Restons, SVP, sur le terrain des faits "plausibles" ou à tout le moins probables ou possibles.
Je passerai de la même manière sur l'hypothèse sans aucun doute farfelue d'une relation charnelle entre Jeanne et le duc d'Anjou. S'il avait dû y en avoir une en Jeanne et quelqu'un de son entourage, elle eut certainement été avec Gilles de Rais, mais là non plus, ce ne fut pas le cas. L'amour incontestable de certains de ces hommes envers la Pucelle relève davantage de l'idolâtrie toute platonique envers une icône que du désir envers une femme. La question d'un enfant se résoud donc d'elle même.

Jeanne ne fut sans doute pas davantage GM des Templiers.
Par contre, il est clair qu'elle fut toujours assistée par le Temple au travers de la présence constante à ses côtés de Gilles de Rais, lui non plus pas GM lui-même, mais probablement sénéchal ou un grade de haut rang, puisque la Charte de Larmenius nous apprend que c'est Jehan II d'Armagnac qui est GM. (à cette époque des Armagnac sont GM depuis 3 générations et ceci explique sans doute que les Armagnacs ont toujours soutenu le trône de France contre l'Anglois et les Bourguignons)

Si Jeanne ne fut donc pas GM du Temple, on doit cependant se demander pourquoi elle fut autant soutenue (voire adorée) par ses membres... Ceci nous amène à une autre vision de son surgissement intempestif dans l'histoire qui pourrait fort bien se rapporter à l'origine soi-disant "divine" de la monarchie...

En efffet : Si l'on accorde un minimum de crédit à la théorie développée par Dan Brown dans son best seller "Da Vinci Code", la famille royale de France transmettrait le "sang réal". (et je soutiens moi-même cette théorie sur Royalement-Vôtre depuis 1997, c'est-à-dire bien avant Dan Brown)
Dans cette hypothèse, si Jeanne est le fruit d'amours adultères entre Louis d'Orléans et la reine Isabeau, elle est donc elle aussi descendante de Jésus par les Mérovingiens et par Saint-Louis, et du même coup elle aussi est le réceptacle de ce sang réal.
Jehanne est donc le nouveau SAINT-GRAAL ! Et c'est sur lui que veillent les Templiers.


Reçu le 23 Juillet 2006 de Claude Mann

Beaucoup de parole en l'air, comme dans tous les forums. Baudricourt cousin de Yolande, rien de moins sûr. Ce qui l'est, c'est que Baudricourt devint cousin par alliance de Robert des Armoises. D'ou  confusion possible.



Internautes, à vos claviers !  

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